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14 décembre 2007 5 14 /12 /décembre /2007 19:07
Bon, mine de rien on avance, on avance : pour le dernier cours les premiers storyboards sérieux sont tombés, mais je ne les mettrai en ligne que la semaine prochaine ou encore plus tard, parce que les vacances commencent aujourd'hui. Pour ceux qui connaissent déjà les migraines des zones A B et C en France, avec ses 700 km de large, imaginez ce que ça donne au Kazakhstan avec des élèves chinois et avec la frontière chinoise qui ferme du 14 au 27 et 3000 km d'Est en Ouest : en gros pas classe pendant un mois, le temps que tout le monde rentre chez soi au moins quelques jours. J'ai bien pris les mails et les téléphones de chacun mais j'ai comme un doute sur le fait qu'ils crayonnent entre deux toasts.
Depuis octobre je vous ai déjà parlé DES élèves, je vous ai parlé DES projets qui changent au jour le jour (encore aujourd'hui une réunion de plus et sûrement pas la dernière), je vous ai montré DES dessins, mais aujourd'hui on va parler d'UN élève, un peu particulier, vu qu'il a 10 ans de plus que moi, qu'il dessine mieux que moi, qu'il est le seul à vraiment faire de la BD en pensant l'inverse - le contraire de pas mal de monde - et vu surtout qu'il est le seul kazakh à importer de la bande dessinée française au Kazakhstan... le phénomène Murat Alimov.


Murat au travail, chez lui. Pour tous les parents qui s'affolent quand leur enfant leur annonce qu'il sera artiste et qui l'imaginent déjà grelotter dans un appartement misérable non chauffé et manger des tubercules douteux pour survivre, Murat travaille dans son salon, vautré sur un tapis angora, devant un écran plasma, avec la chaîne hifi allumée. Je pense que ce serait une bonne idée de l'amener aux journées orientation de fin d'année des collèges, ça encouragerait les vocations.

Avant de faire une mini biographie de Murat et de raconter comment je l'ai rencontré, et plutôt que de perdre du temps à lui faire des compliments, voici ce qu'il a fait le dernier cours en moins d'une heure, j'avais demandé aux élèves de commencer à chercher leur histoire, leur personnage etc...




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Et Superkazakh est né...

J'ai rencontré Murat l'an dernier, lors de la première masterclasse, où il est arrivé le premier cours avec son bloc et son feutre noir, et s'est assis au premier rang d'où il n'a plus bougé. Pendant deux mois il a rempli des feuilles de croquis par dizaines sans jamais s'attaquer franchement à une histoire, comme un élève très doué et très pénible qui s'amuse à vous filer entre les doigts, mais il est arrivé le dernier jour avec cette histoire, faite la veille au soir.
ma-01.JPGma-02.jpgma-03.jpgma-04.jpg
ma-05.jpgL'histoire est adaptée d'une blague connue : deux clochards trouvent dans une poubelle un poisson magique qui leur promet d'exaucer un voeu. Après avoir hésité (vodka, argent) ils tombent d'accord pour demander la fin des guerres dans le monde, le poisson acquiesse, et fait sauter l'humanité...

Murat travaille aujourd'hui comme dessinateur de presse, pour une dizaine de magazines différents au Kazakhstan et en Russie, et comme éditeur indépendant, qui s'efforce de faire connaître la bande dessinée au Kazakhstan (il edite la série "Okko" de Delcourt, et bientôt "Sillage"). Avant de venir ici, il y a deux ans, j'avais fait quelques recherches sur le net en espérant trouver à Almaty des dessinateurs que j'aurais pu rencontrer - ignorant alors que je commencerais un jour ce projet - et j'étais tombé sur le - très bon - site de Murat : www.comics.kz qui présentait des auteurs kazakhs. Je lui ai donc aussitôt envoyé un e-mail très poli et enthousiaste, en russe, anglais, francais et espagnol, pour le rencontrer au plus tôt, sans malheureusement jamais recevoir de réponse ; jusqu'au jour où Murat est arrivé en cours et m'a expliqué qu'il avait pris mon e-mail pour une blague et l'avait donc effacé.
C'est vrai qu'un auteur de bd kazakh c'est déjà rare, mais qu'un auteur de bd français aille au Kazakhstan et souhaite rencontrer un auteur de BD kazakh c'est à peine plus crédible que les e-mails des orphelines congolaises qui vous proposent de partager la somme de 15 000 000 USD (Quinze millions de dollars US) vous sachant bon chrétien et suffisament gentil pour leur donner d'abord votre numéro de CB.
Bref la rencontre manquée a été rattrapée et j'ai découvert le travail de Murat : un dessin très personnel, autodidacte (Murat est examenophobe, il n'est donc jamais allé aux Beaux-Arts, avant l'an dernier) et très efficace. En contrepartie, comme tout autodidacte, et comme tout autodidacte doué déjà professionnel depuis quelques temps il a été difficile pour lui de s'engager dans une nouvelle direction. Le plus marrant était que Murat réclamait de la BD affirmant qu'il en était incapable mais refusait systématiquement le moindre exercice que je lui proposais, s'en sortant à chaque fois par une pirouette. S'il avait mis seulement un quart de l'énergie qu'il consacrait à se défiler, à l'élaboration d'une petite histoire il aurait déjà signé deux ou trois chef-d'oeuvres.


Cette année, le projet étant un peu plus ambitieux, et lui donnant l'occasion de s'exprimer pleinement, mieux qu'une exposition ne l'aurait fait - à son niveau la motivation est peut-être plus exigeante, Murat a enfin commencé à se frotter à la bande dessinée. C'est à dire qu'il a fait l'effort de ne pas sauter d'un personnage à un autre pendant 60 longues minutes (le temps qui lui a été nécessaire pour trouver SuperKazakh). C'est peut-être un effet secondaire du travail de dessinateur de presse qui travaille en général dans l'urgence, à la recherche d'UNE idée et qui la couche sur le papier en vitesse pour passer une autre. Le problème c'est que pour l'écriture et le dessin d'une histoire de 15 planches, l'urgence doit être canalisée un minimum et ça demande un GROS effort. Mais j'ai confiance, cette fois ça a l'air bien parti... enfin j'irai quand même chez lui d'ici quelques jours pour vérifier qu'il n'est pas encore parti sur autre chose.

Murat nous a invité chez lui quand Sylvain était ici pour partager un bishbarmak (plat traditionnel à base de moutons, oignons, sauce et pates ressemblant à des lasagnes. Bish veut dire "5" en kazakh, et Barmak "doigts", soit  "allez-y, pas de fourchettes". C'est la seconde fois que je joue le guide, ce sera la dernière.) En entrant chez lui, une quarantaine de sacs remplis de livres encombraient le couloirs. Je lui ai demandé s'il s'agissait de tous ses dessins, qu'il mettait de côté depuis le collège, mais il m'a répondu que j'avais simplement devant moi les albums français qu'il avait fait traduire et qu'il n'arrivait pas à distribuer. J'ai essayé d'imaginer quelle pouvait être pour lui la difficulté d'exercer une passion que presque personne ne partage autour de lui - je suis un peu dans le même cas, à l'exception près que mon satut de français me confère quelques avantages, et que je travaille avec des clients français en plus de bosser ici. Finalement la conclusion était la même qu'en visionnant les dessins animés à Shimkent : difficile de s'épanouir dans une activitié artistique sans un minimum de communication et d'empathie.

Parmi tous les gens que j'ai rencontrés ici, professionels et étudiants, Murat est l'un de ceux chez qui la bande dessinée est un langage évident : il y a déjà dans son travail tous les éléments importants, qu'il convient simplement de nommer et clarifier pour qu'il les maîtrise complètement et les mettent au service des histoires qu'il voudra raconter.

Crocodile.JPGEt en plus il ne se prend pas au sérieux

Pour finir, voici le petit CV qu'il m'a demandé de mettre en ligne. N'hésitez pas à le contacter.



Murat ALIMOV

Cartoonist, graphic artist, graphic designer. Was born on March 18, 1971 in Atyrau (Kazakhstan). Permanently live in Almaty (Kazakhstan) now.

Participant of international cartoon contests, have numerous awards and Grand Prize in Kruishoutem (Belgium) in 1993 among them.

Work with different newspapers (“Kapital”, “The Kazakhstan Monitor”, “Bolshaya gazeta”, “Biznes i vlast”) and magazines (“Mir Evrazii”, “Exclusive”)

Created Cartoon.kz Kazakhstani cartoonists (illustrators, animators) site.

Owner of Comics.kz publishing company aimed at comic books popularization in Kazakhstan.

Started publishing comic books under Delcourt (France) license.

Looking for an investor for beneficial cooperation in issuing licensed comic books.

 
Contacts :

tel. +7 727 256 46 67
cell +7 701 711 55 33
cell +7 777 214 01 04
email : murat.alimov@gmail.com
email : comics@comics.kz
site : www.comics.kz
skype : comics.kz
icq : 350 443 923

 

Мурат АЛИМОВ

 

Карикатурист, художник-график, график-дизайнер. Родился 18 марта 1971 в Атырау (Казахстан). Сейчас живу в Алматы (Казахстан).

Участник международных конкурсов карикатуры, среди премий – 1 место (Круисхоутем, Бельгия, 1993).

Сотрудничаю с печатными изданиями - газетами “Капитал”, “The Kazakhstan Monitor”, “Большая газета”, “Бизнес и Власть” и журналами “Мир Евразии”, “Exclusive”.

Основатель сайта Cartoon.kz – сайта карикатуристов (иллюстраторов, аниматоров) Казахстана.

Основатель издательства Comics.kz , целью которого является издание и популяризация комиксов в Казахстане. Начал выпуск комиксов по лицензии Delcourt (Франция).

Ищу инвестора для взаимовыгодного сотрудничества в издании лицензионных комиксов.

Контакты :

tel. +7 727 256 46 67
cell +7 701 711 55 33
cell +7 777 214 01 04
email : murat.alimov@gmail.com
email : comics@comics.kz
site : www.comics.kz
skype : comics.kz
icq : 350 443 923
 

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Published by Nicolas Journoud - dans Dessins - РИСУНКИ
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commentaires

Véronique 18/01/2008 04:04

L'histoire №3, ça s'appelle la mise en abîme (un bd contient l'autre qui contient...), c'est vraiment intéressant! Bravo!

Nicolas Journoud 22/01/2008 05:22

Merci pour le commentaire.C'est vrai que cette histoire est entre la mise en abîme et l'autobiographie. Je ne sais pas si tu parles russe, mais en gros, il se demande quoi faire ( ce qui est souvent le cas pour lui en cours) pour gagner de l'argent, il tourne autour du pot et il se dit qu'il fera de la BD, je résume parce que je n'ai pas de traducteur ni de dico sous la main ce matin.J'avais demandé ce travail aux élèves l'an dernier : se dessiner eux-même, annonçant leur histoire, pour qu'ils prennent conscience de la distance qu'il existe entre soi, soi comme auteur, soi comme personnage potentiel, et les histoires qu'on raconte.A+

olivier Ferra 19/12/2007 15:36

Salut Nicolas, ça doit être très interessant comme expérience ce que tu fais. Je jetterai un oeil régulièrement sur ce blog.