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1 décembre 2007 6 01 /12 /décembre /2007 10:23
Petit interlude dans le projet BD kazakh : du 20 au 25 novembre derniers se tenait le premier festival du dessin animé de Shimkent, à la frontière ouzbèk, 1000 km à l’ouest d’Almaty. Etaient conviés des réalisateurs de tous les pays de l’ancienne Union Soviétique, comme Evgeniy Syvokin, ukrainien, venu présenter « Zasyple snig dorogy » (« et la neige recouvrira les routes ») magnifique dessin animé réalisé en 2004 qui a remporté le prix du meilleur dessin animé à Clermont Ferrand en 2006 – Nodar Begiashvili, géorgien des studios Televeziri - qui a réalisé un film d’animation étonnant à partir de dessins et de lettres d’enfants géorgiens se rendant pour la première fois de leur vie sur les rives de la Mer Noire – Bakhtyar Kaharov, tadjik, Larisa Glinca, moldave, directrice des studios d’animation « Arti », Robert Labidas, russe, des réalisateurs ouzbèks… plus de nombreux réalisateurs kazakhs comme Eder Kaidar, le fondateur de l’animation au Kazakhstan, Guimourat Bekishev, responsable du département animation de l’Académie des Beaux Arts d’Almaty avec qui je travaille, Tamara Mukanova, Gulmira Sadykova, Jaken Danenov et quelques réalisateurs de studios indépendants comme Ramil Usmanov d’Azia Animation, sans doute le meilleur studio d’Almaty, Berik Junusbekov, Batyrhan Daurenbekov, plus moi, français de passage et dessinateur de BD, deux motifs d’exotisme suffisants pour m’accorder une invitation et le droit de remonter le tapis rouge et les marches du palais des festivals de Shimkent en compagnie d’auteurs bien plus expérimentés et reconnus.

Je n’allais pas refuser, surtout qu’ici les gens surnomment Shymkent : Texas, j’étais curieux de voir ça.

Tapis-rouge.jpg
L'arrivée au Palais des festivals avec Tolkyn. une de mes étudiantes, Almaty est juste derrière la palissade, tout droit, à 1000 km...


Emen-Kaidar-bus.jpg
Emen Kaidar - en route pour une conférence dans une univeristé de Shimkent. L'an dernier il était venu à tous les cours que j'avais donnés à ma quinzaine d'étudiants dans une pièce sans chauffage. Je dois dire que je l'avais pris pour un vieux concierge qu'on laissait se ballader. Par la suite j'ai vu un nombre impressionnant de reportages sur lui à la télévision, et de médailles sur sa poitrine. Pour les étudiants d'aujourd'hui comme pour leurs professeures c'est LA figure de l'animation au Kazakhstan, qui devrait j'espère participer au projet BD, au scénario, ou peut-être comme sujet...



Aussi du voyage, une partie de mes élèves, venus à leurs frais en bus, plus Juldyz Shangerei et Sana Sabyrgalieva, deux étudiantes diplômées l’an dernier de l’Académie des Beaux-Arts d’Almaty, aussi présentes à mes cours, et venues présentées leur court métrage réalisé en dernière année.

 

Etudiants.jpg
Oljas,Kuanish, Turdybek, le français, Janibek, Guljan... débarqués de leur 16h de bus et partis pour 10 toasts
.


Au final, entre les toasts, les visites de musées et un nombre de cadeaux suffisant pour ouvrir une petite boutique d’artisanat kazakh à mon retour en France, ce festival ressembla plus à un séminaire, avec projections à huit clos dans la salle de conférence de l’hôtel, d’où pas mal de discussions intéressantes dont mon niveau de russe a réussi heureusement à capter l’essentiel, peut-être parce que les projections avaient justement lieu après tous les toasts et qu’un certain nivellement par le bas de la syntaxe se faisait ressentir. Le principal constat, plus ou moins partagé, a été la différence de niveau entre les réalisations des différents pays, tant au niveau technique – compréhensible – qu’au niveau narratif... Une nouvelle raison de s’ouvrir impérativement à l’étranger pour renouveler et enrichir sa créativité, raison pas forcément toujours admise, que les dessinateurs de la nouvelle génération et de la suivante semblent avoir intégrer – mais que les studios voient avec réticence, étant encore trop dépendant du financement de leurs projets pour en décider entièrement le contenu, et pouvant se contenter d’une diffusion régionale qui leur épargne la critique et la comparaison.



Nico-et-Dupont.jpg
Le français de passage et Dupont T, alias Kerimbek Niyazbaev, réalisateur kazakh.


Groupe-mairie.jpg
Tout le monde chez monsieur le maire de Shymkent (assis en bas à gauche)



Comme d’habitude le plus intéressant s’est passé une fois le dernier toast avalé, dans le train de nuit qui nous ramenait vers Almaty, grâce à la fatigue, la fraternité nouvelle né des 5 jours passés ensemble et l’intimité exigüe des compartiments des wagons où s’étaient retrouvés sur les 4 places assises une dizaine de réalisateurs. La discussion est tombée sur la bande dessinée et sur les liens qu’elle présentait avec l’animation, puis sur la différence de culture évidente entre la génération précédente qui avait étudié à Moscou et la nouvelle, qui a grandi au Kazakhstan sans jamais en sortir. Profitant de l’occasion j’ai rassemblé l’ensemble de mon vocabulaire russe encore disponible à cette heure de la nuit et lancé une idée pour voir ce qui allait lui arriver :
 
 

« Ben tiens, pourquoi ne pas faire collaborer ensemble les meilleurs des élèves et les réalisateurs, les premiers au dessin, les seconds au scénario, vous avez beaucoup de projets dans vos cartons et ça vous permettrait de les réaliser ? » 

 

« C’est vrai ça, pourquoi pas ? »

 

« C’est pas bête comme idée ! En plus ça donnerait un coup de pouce pour l’édition. »

 

« Moi je suis d’accord… »

 

« Moi aussi… »

 
« Pareil… »

 

 Train-1.jpg

Sana Sabyrgalyeva, une des étudiantes diplômées, Kahirgaly Kasymov, réalisateur et professeur à Almaty, et leur voisin qui était bien tranquille 5 minutes auparavant...

 


Guimourat Bekhishev, Kahirgaly, Nodar Begiashvili et leur voisin, s'engageant à construire un musée de la bande dessinée de 43 étagesdans les steppes kazakhes avec aéroport international.

 

Retour à l’Académie, présentation du projet au Recteur… et c’est parti.

 

 
D’ici une semaine nous aurons la réponse de l’éditeur, pour l’instant on s’occupe à contacter les réalisateurs et trouver une personne issue des Beaux Arts qui pourra m’aider à superviser la collaboration entre toutes ces personnes. Rendez-vous mardi 4 décembre à l’Académie pour régler ces petits problèmes. Le projet initial est maintenu, bien sûr, tous les élèves réaliseront leurs histoires, qui seront présentées lors de l’exposition de la semaine de la Francophonie, les meilleures seront publiées, et les nouvelles histoires écrites à 4 mains, dont deux légèrement ridées s’ajouteront simplement aux autres.

 

 
Donc merci à Shymkent, qui ne ressemble pas tant que ça au Texas.

 

Merci au train.

 
Et merci à Absolut vodka.


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Published by Nicolas Journoud
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